Une coproduction de ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants

L’Ami du Clergé

Ce premier album a été conçu dans les années 90, c’est le tout premier album de l’auteur.
Pour voir les images de l’album et leur commentaire cliquer sur l’article correspondant.
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Introduction

Les textes illustrés dans cet album sont extraits des livraison d’une revue hebdomadaire, L’Ami du Clergé, années de parution 1898, 1900, 1901, 1910, ainsi que de son supplément « Jurisprudence civile-ecclésiastique» 1909-1912.

La manchette est explicite :
« Revue de toutes les questions ecclésiastiques

Dogme – Morale – Liturgie – Droit canon – Ecriture sainte – Patrologie – Histoire sacrée – Législation civile-ecclésiastique – Pastorale, Prédication, Catéchisme – Bibliographie. »

Quant à sa doctrine, sa morale, son engagement politique, L’Ami est en phase dans le courant majoritaire de la presse catholique à la Belle Epoque, cette presse dont les titres principaux sont La Croix et Le Pèlerin.

L’Ami est traditionaliste, orthodoxe, d’un zèle prompt à déceler dans les écrits des théologiens contemporains des erreurs de doctrine et surtout des soupçons de « libéralisme » chez des penseurs qui croyaient leur catholicisme à l’abri de tels manquements ; d’où des polémiques plutôt aigres avec plusieurs auteurs mis en cause.

L’Ami est ultramontain, monarchiste certes, mais davantage encore légitimiste faisant élection de la maison d’Anjou pour mieux rejeter celle d’Orléans. Aussi quel déchirement que le ralliement imposé par Léon XIII et que, en vertu de sa soumission sans faille au Saint- Siège, il défendra à l’encontre de ses propres convictions et de celles de ses lecteurs.
Antisémite avec virulence, antimaçonnique à l’égal, anti-protestant avec modération, il ferraille à l’occasion contre les fantômes du gallicanisme et du jansénisme.

La spécificité de L’Ami est ailleurs : est-il une autre publication dont tout à la fois rédacteurs et lecteurs sont des ecclésiastiques ? Son tirage médiocre, quelques dix mille exemplaires, ne contrarie pas une influence considérable, disproportionnée à la modestie du chiffre : L’Ami pénètre dans la plupart des paroisses, chaque spécimen est non seulement lu par plusieurs curés et vicaires, mais largement discuté entre confrères.

Son programme est mis en œuvre par des rédacteurs de grand savoir, érudits exemplaires dans les domaines qu’ils ont à couvrir, et continûment soucieux de pédagogie, d’édification, d’affermissement des convictions de leurs lecteurs. Tous restent anonymes, conformément au vœu de la Direction de la revue ; ainsi du « Vieux Moraliste », rédacteur infatigable, prolixe et, de son propre aveu enclin à l’ergotage, auteurs de « Notes et Souvenirs » où, au fil des années il distille sa science de théologien et d’ancien professeur de philosophie au Grand séminaire, sans doute octogénaire en 1909 alors qu’il s’attaque aux manuels scolaires condamnés par l’épiscopat ; ainsi de l’auteur des dix-huit conférences sur « L’Eglise de France et l’Etat au XIXème siècle», prononcées aux Facultés catholiques d’Angers.

Outre les articles de fond, une autre rubrique d’un grand intérêt : les comptes rendus bibliographiques, 1500 titres commentés en quatre ans.
Ce ne sont cependant pas les passionnantes leçons sur l’art ogival, la facture d’orgue, les études exhaustives du spiritisme, de l’hypnotisme, les causeries avec un jeune curé qui assurent l’absolue originalité de la publication, mais bien une double rubrique, où rédacteurs et lecteurs engagent un dialogue foisonnant et multiple.

A L’Ami du Clergé, les abonnés envoient des questions, et il y est répondu, à l’exception, nous dit-on, des celles trop « transcendantes », ou en revanche « à l’extrémité de l’échelle, si banales et futiles, pour ne rien dire de plus, que nous ne pouvons vraiment pas leur faire l’honneur de les prendre en considération ».

Deux catégories donc :
Liturgie en premier lieu, et il faut avouer que, pour un individu dépourvu de culture et d’esprit religieux, leur complexité, leur longueur parfois, pose un problème d’entendement. Deux exemples entre mille :

« 11 avril 1898 Q.- J’ai pour patron saint Amand (6 févr.), et saint Vast (2ème cl.) qui tombe ce jour-là est permuté au 5 mars comme en son siège propre.
1° Que faire des Sept Saints Fondateurs qui, dans l’Ordo diocésain, sont transférés à ce même jour 5 mars ?
2° Que ferais-je le 14 mars, où l’Ordo diocésain marque Saint Vast, dont j’ai fait la fête le 5 mars ? Et le 8 avril, où l’Ordo diocésain marque Saint Amand, que j’ai célébré le 6 février ? »

« 17 mars 1898 Q.- Pour l’extrême-onction, doit-on faire deux signes de croix sur les côtés de la bouche ou un seul signe de croix au milieu de la bouche ? Que faire si le malade a la bouche ouverte, dans le cas où il ne faudrait qu’un signe de croix ?
2° Pour l’onction de l’oreille, où faut-il la faire, en bas de l’oreille, ou sur la petite proéminence qui s’avance sur l’oreille (au milieu) ? »

La deuxième catégorie est traitée sous la dénomination « Questions de science ecclésiastique – Consultations diverses. » C’est un fourre-tout, un vivier exceptionnel, ; semaine après semaine, les questions de toute nature déferlent, tout ce qui pose problème aux lecteurs.
Ainsi s’ébauche au fil des numéros un tableau totalisant, non pas seulement les préoccupations des prêtres, mais de leurs ouailles, de tout ce qu’on confie au curé, confesseur ou conseiller ; il lui appartient d’imaginer les solutions, qu’au besoin il sollicitera auprès de sa revue préférée. Tout y passe, pratiques sexuelles des pénitents, bien sûr, les consultations scabreuses étant rédigées en latin, les réponses souvent fort longues transmises dans le même idiome ; nul besoin d’être latiniste pour en découvrir l’objet, les vocables alduterium, incestum, cum modo onanistico, sodomia, pollutio, carnale commercium, per tactus inhonestos, per copulam sive inchoatam sive completam…peuvent être compris par les moins initiés.
– les questions patrimoniales, donations, créances, legs, part réservataire des successions, cessions, inventions de trésors, taxes et impôts… et alors émergent ce qu’on ne saurait trouver dans les minutes des notaires, les dols, les filouteries, les duperies, les contrats avec dissimulation, les ventes aux enchères truquées, toutes les fraudes imaginables pour flouer son prochain, fut-il son parent proche, sa compagnie d’assurance ou l’Etat…
– les problèmes matériels du prêtre, honoraires, casuel, offrandes, rapports conflictuels curés-vicaires ;
Les querelles de clocher, politiques et autres, l’antagonisme difficilement imaginable aujourd’hui entre cléricaux et anticléricaux.

J’imagine ce tableau du Clergé à la Belle Epoque tel qu’un thésard pourrait le brosser en utilisant 25 années de parution, ordonnant, classant, décortiquant les données qu’aucune autre source d’enquête ne pourrait fournir, des années de recherche à coup sûr. J’aurais souhaité être moi-même cet impétrant, soumettant au jury universitaire ce vaste panorama –sous forme de bandes dessinées évidemment- de l’Etat du Clergé à la Belle Epoque.

Cependant mon propos n’a pas cette ambition ; j’ai choisi d’illustrer 35 sujets pris parmi des centaines possibles, pour leur saveur, leur cocasserie, leur caractère saugrenu.

Alors mon tableau, partie ? assurément ; partial ? non … enfin pas vraiment. Ces textes, au-delà de ce qu’ils révèlent de candeur ou de cautèle, de rigorisme et d’ouverture, d’inquiétude, de foi, parfois de désarroi témoignent : ils nous montrent ces hommes, moulés dans les séminaires, recréés par la Restauration dans un esprit de revanche contre la Révolution, prenant pour guide le « Syllabus » bien plus que « Rerum novarum », affrontant les problèmes su siècle, ceux du quotidien, de la vie économique et sociale, de la famille, de la contarception… Les mutations profondes qu’engendrera le XXème siècle sont en germe, il n’est pas pensable que ces hommes que leur vie de chaque jour met en contact avec la réalité n’en soient affectés et leur vocation les oblige à répondre.

Aussi pour compléter et nuancer ce portrait quelque peu biaisé, je joins en annexe quelques citations choisies assez brèves, que je n’illustre pas, et qui contribueront à élaborer une image plus voisine de la réalité.

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